entete experts <strong>Parole</strong> aux experts Dune du Pilat

Parole aux experts

Ils sont en quelque sorte, les “gardiens et les gardiennes de la Dune”. Ingénieur, botaniste, paysagiste… et de nombreux experts trouvent ici, un inépuisable terrain d’études et d’exploration. Autant de connaissances à transmettre pour que chacun prenne conscience des enjeux liés à la préservation et à la gestion de ce monument naturel en mouvement. 

Portraits

Nathalie Madrid, Déléguée de Rivage Aquitaine, au sein du Conservatoire du littoral

En 2017, Nathalie Madrid a rejoint le Conservatoire du littoral en prenant la responsabilité de la délégation Aquitaine engagée depuis 1998 dans une politique d’acquisition foncière afin de garantir le maintien de l’espace public tout en protégeant de manière définitive le Grand Site de la Dune du Pilat.

Que représente pour vous le Grand Site de la Dune du Pilat avec ses composantes paysagères ?

« Un des plus grands sites naturels de France »

Nathalie Madrid e1624272254456 <strong>Parole</strong> aux experts Dune du Pilat

C’est l’un des plus grands sites de la région Nouvelle Aquitaine, voir l’un des plus grands sites naturels de France, de part ses dimensions qui sont, pour les plus connues physiques mais aussi et surtout géologiques, historiques et culturelles. Au-delà de son aspect monumental, il faut s’intéresser au “monument ” géologique qui mérite, à ce titre, d’être respecté. C’est un processus de formation totalement atypique sur le littoral aquitain, une dune en mouvement permanent, unique en Europe. On trouve habituellement ce type de dune en bordure de zones désertiques

Pouvez-vous présenter l’impact de votre travail sur le Grand Site de la Dune du Pilat ?

« Un rôle d’acquisition et de mise en gestion »

L’action principale du Conservatoire du littoral sur le Grand Site de la Dune du Pilat est, comme partout ailleurs sur le littoral français, d’acquérir l’emprise foncière afin de garantir aux générations actuelles et futures l’accès à ces espaces naturels et d’en limiter l’artificialisation. Depuis plusieurs années, un périmètre d’intervention a été arrêté ce qui nous engage à faire l’acquisition de toutes les parcelles naturelles en son sein, qu’elles soient en milieu dunaire ou boisé.

La seconde mission du Conservatoire est d’assurer la mise en place d’une gestion publique pérenne de ses terrains car l’objectif n’est pas de les soustraire au public bien au contraire ! En tant qu’opérateur foncier, l’établissement pour lequel je travaille confie donc la gestion de ses propriétés à un acteur public local et l’accompagne dans la définition d’une stratégie à mettre en œuvre. Déclinée en plan de gestion, cela devient la « feuille de route » commune. Le Syndicat Mixte de la Grande Dune du Pilat a été désigné en 2012, gestionnaire pour toutes les parcelles acquises progressivement par le Conservatoire sur le site de la Dune du Pilat. Aujourd’hui cela représente plus de 260 hectares. Tous les ans, nous nous réunissons avec l’ensemble des partenaires locaux pour procéder à une évaluation de l’impact des éléments du dispositif de gestion et les adapter si besoin.

Au-delà de restaurer les parcelles acquises et lutter contre une banalisation des lieux, la gestion comprend également la régulation des usages qui sont divers. Sur la Dune, ils sont essentiellement sportifs et ludiques (pratique du vol libre, embarquement pour traversées maritimes, chasse, randonnée…). Il s’agit là aussi d’organiser, gérer, encadrer les flux générés par ces activités afin qu’elles puissent, tout au moins pour celles compatibles avec la sensibilité du site, perdurer. Leur encadrement réglementé permet de répondre à l’objectif premier du Conservatoire à savoir préserver des espaces naturels et leur biodiversité. Sur la Dune, ce sont des actions encore à entreprendre avec notre gestionnaire. Elles seront facilitées par de nouvelles acquisitions.

Les suivis scientifiques effectués par le Syndicat sont de véritables outils de gestion et fournissent de précieuses informations sur la faune et la flore implantées sur les terrains du Conservatoire. N’oublions pas que la reconquête de la biodiversité est au cœur de notre mission.

Quel message souhaitez-vous transmettre aux visiteurs ?

« S’émerveiller mais respecter »

Il faut que les visiteurs viennent ici avec du respect pour ce lieu qui est unique. Qu’ils le considèrent comme un espace naturel aux composantes paysagères incroyables et pas comme une attraction touristique.
“C’est une dune de sable blond, dans un écrin vert et bleu, une pépite entre mer et forêt, un joyau du littoral français ».

Quel est votre regard sur les 12 années de gestion publique ?

« Une gestion équilibrée »

Le Syndicat Mixte mène, avec le Conservatoire du littoral, et les partenaires qui ont conscience de la fragilité de ce site et de la nécessité de mettre en place une politique pérenne, de vraies actions pondérées pour atteindre le fragile équilibre entre préservation d’espaces naturels et accueil du public. Aujourd’hui, tous les fondamentaux (maitrise foncière, cadres réglementaires, partenariats, actions de sensibilisation, amélioration des équipements d’accueil…) sont en place pour poursuivre durablement les actions en faveur de la valorisation du Grand Site. Notre gestionnaire s’est fortement impliqué et a fait preuve de constance dans l’action.

Beaucoup pensent que le piétinement accélère l’avancée de la dune et la dégrade mais face aux éléments naturels et notamment l’action du vent, il n’en est rien. Le public peut être en nombre car les outils de gestion sont en place et efficaces. L’enjeu aujourd’hui est la préservation de la composante « verte » du Grand Site. C’est le massif forestier qui souffre du stationnement sauvage et les circulations piétonnes anarchiques engendrant un risque d’incendie.

Même si cela ne relève pas de ses compétences ni de ses obligations, le Syndicat mixte s’est emparé de ce sujet. Il fallait le faire et cela a été fait. Aujourd’hui, la gestion des pics de fréquentation durant l’été est traitée à l’échelle du territoire, dans une démarche globale impliquant tous les acteurs publics. Il faut diversifier les modes de locomotion et accueillir de manière plus qualitative les visiteurs venant à vélo, en transports en commun ou utilisant des navettes depuis un parking relais.

Le syndicat mixte a joué un rôle de meneur sur ce dossier mais sur bien d’autres durant cette décennie et aujourd’hui le gestionnaire du Grand Site est davantage pris en considération. C’est la confirmation qu’il faut continuer les actions engagées qui parfois, souvent, s’inscrivent dans le temps, sur plusieurs années.

Qu’est-ce que vous souhaiteriez ajouter que vous n’auriez pas exprimer en répondant aux 4 questions précédentes ?

« Un tournant décisif »

Nous sommes à la veille d’importants changements avec les dernières acquisitions foncières, la requalification de l’espace d’accueil …Il s’agit d’être à la hauteur pour prendre un tournant tous ensemble. Tous les acteurs publics et partenaires, doivent se concerter, œuvrer dans le même sens pour définir les objectifs de demain pour assurer l’avenir de ce site qui ne laisse personne indifférent.

Aurélien Caillon, Botaniste au sein du Conservatoire Botanique National Sud-Atlantique.

Depuis son arrivée en Gironde en 2011, Aurélien Caillon est le référent botaniste pour l’inventaire de la flore de Gironde ainsi que sur les plantes exotiques envahissantes en Nouvelle-Aquitaine.

Que représente pour vous le Grand Site de la Dune du Pilat avec ses composantes paysagères ?

Quand j’ai découvert la Dune du Pilat pour la première fois, je ne m’attendais absolument pas à trouver une telle formation géologique. Sur sa crête, j’ai ressenti un sentiment d’immensité.

C’est une impression de grande surprise, on ne s’attend pas à ce que cela soit si grand et si vaste.

Aurelien Caillon <strong>Parole</strong> aux experts Dune du Pilat

Après avoir travaillé sur le sujet depuis quelques années, je le perçois aujourd’hui comme un livre, racontant une multitude d’histoires. Il s’agit d’un véritable patrimoine naturel avec ses composantes animales, végétales, fongiques, lichéniques et géologiques. 

Au premier abord, le milieu paraît hostile, désertique, inhabité. Bien au contraire, des populations vivaient ici-même (le paysage était tout autre), avant le Moyen-Age ! Le paysage y était bien sûr très différent. Il est passionnant d’imaginer que lorsque les visiteurs arrivent en crête de dune, ils sont au sommet d’un mille-feuilles, composé de plusieurs couches géologiques qui témoignent d’anciennes dunes, de forêts, et de lacs…

Ma vision de botaniste englobe l’ensemble du massif dunaire atlantique. Ce dernier offre un lieu de transition et de refuge pour de nombreuses espèces animales et végétales dont plusieurs sont endémiques du littoral sud-atlantique.

Pouvez-vous présenter l’impact de votre travail sur le Grand Site de la Dune du Pilat ?

Le rôle du Conservatoire Botanique National Sud-Atlantique (CBNSA) vise à acquérir des connaissances relatives à l’état et l’évolution de la flore sauvage et des habitats naturels selon des méthodes scientifiques. Cela passe par l’identification et la caractérisation des espèces végétales rares, menacées, mais aussi de celles plus communes et de celles exotiques parfois envahissantes.

Inventaires floristiques, recherche d’espèces rares et exploitation des ressources bibliographiques sont autant de méthodes déployées pour mieux connaître, comprendre et préserver notre patrimoine végétal. L’objectif ultime étant d’assurer la conservation de ce patrimoine végétal.

Mon travail de prospection sur la dune du Pilat a démarré en 2011. Ces travaux d’inventaire et d’échantillonnage ont consisté à dresser un état des lieux de la diversité végétale présente sur la Dune.

A l’issue de ces travaux, un véritable partenariat est né entre le Conservatoire Botanique et le gestionnaire du Grand Site. Mon rôle depuis plusieurs années consiste ainsi à accompagner les équipes de la Dune à la mise en place de suivis de la flore et de ses habitats. Ces inventaires réguliers ont permis de bien identifier la flore sauvage de la Dune : les espèces emblématiques comme l’Oyat et l’Immortelle des dunes, les espèces atypiques comme le roseau commun, le rubanier ou le Saule roux (propres aux zones humides), les espèces rares et protégées comme la fameuse Linaire à feuilles de thym, le Silène de Porto et l’Épervière des dunes ou celles considérées comme exotiques envahissantes : le Muguet des pampas ou l’Ailanthe…

Notre objectif : suivre l’évolution de la flore et des habitats sur une dune en mouvance constante ! Mais aussi mettre en place un plan de gestion adapté en fonction des enjeux identifiés. Sur quels secteurs et quelles espèces doit-on intervenir ? A quels endroits positionner des îlots de protection pour éviter tout piétinement ? Quelles espèces envahissantes faut-il gérer…?

Sur le Grand Site de la Dune du Pilat, le Conservatoire Botanique a préconisé de suivre et quantifier le nombre d’individus des espèces identifiées, puis de cartographier les habitats sur la dune.

“Par son rôle d’accompagnement, le Conservatoire Botanique permet au Syndicat mixte de mettre en place des moyens de préservation adaptés pour certaines espèces ou certains sites. Par exemple, le site des Gaillouneys est très riche en espèces patrimoniales, remarquables dont plusieurs sont protégées. Il est indispensable d’identifier les zones sensibles (reservoirs de biodiversité, etc.) où il faut canaliser davantage les visiteurs pour éviter trop de divagations”.

Quel message souhaitez-vous transmettre aux visiteurs ?

Profitez du paysage et soyez attentifs à tout ce qui vous entoure. Écoutez vos sens. Observez. Imprégnez-vous.

Je les invite à avoir la curiosité de se déplacer, d’aller voir de plus près ce paysage de grande nature qui paraît être au ralenti, alors qu’il fourmille de vie, à certaines heures de la journée. Il faut y passer du temps, profitez de ce temps et de cet espace hors du temps que rien ne fige. La nature nous offre un spectacle inouï dont chacun est le garant. La nature s’impose à nous, et c’est intense.
Ensuite, j’appelle chacun à se faire accompagner par un médiateur culturel lors d’une visite. Je suis convaincu que la grande majorité des visiteurs qui ont participé à ces activités ont découvert une myriade d’informations inédites et passionnantes ! Par exemple connaissez-vous la stratégie du Panicaut des dunes pour disperser ses graines ? Connaissez-vous l’insecte endémique inféodé à la Linaire à feuilles de thym ? Comment font les plantes pour résister à la sécheresse, au mitraillage par le sable, à la mouvance constante de la dune ?

Quel est votre regard sur les 12 années de gestion publique ?

“Un objectif de préservation”

La création d’une structure de gestion publique, le Syndicat Mixte, a permis de porter à connaissance les grands enjeux liés à cet espace naturel d’exception, via le web, les réseaux sociaux,  les messages transmis lors des visites commentées proposées au public.
Tout est mis en œuvre pour canaliser et sensibiliser les visiteurs. Des contrôles réguliers sont effectués pour réduire les activités pouvant nuire à la flore ou à la faune, comme des feux de camp dans les bois.
Sans la création du Syndicat Mixte, , il n’y aurait pas eu de gestion réelle des flux, avec des stationnements “sauvages” engendrant des dégradations sur les milieux naturels. Le rôle du gestionnaire est d’informer les visiteurs, de les accompagner et les sensibiliser. La dune du Pilat fait partie des sites touristiques français emblématiques et attire chaque année plus d’1 million de visiteurs. Il est important de maintenir le bon état de conservation de la dune en parallèle d’une fréquentation toujours croissante. Le Syndicat a mixte permet aussi de porter ce message sur les enjeux et de canaliser les flux de visiteurs.

Qu’est-ce que vous souhaiteriez ajouter que vous n’auriez pas exprimer en répondant aux 4 questions précédentes ?

“Une source de connaissances”

J’invite chacun à ne pas voir la dune du Pilat comme un désert. Il est essentiel de porter à connaissance toute cette diversité et toutes les interactions qu’ont les espèces entre elles. “Replacez-vous dans cet écosystème en tant qu’être humain et animal. Il faut apprendre à regarder pour respecter ce qui nous entoure”.
La connaissance est un socle primordial, permettant la mise en œuvre d’actions de protection, de conservation et d’accueil du public. La communication sur ces différents aspects, qui peuvent paraître parfois pointus, scientifiques et un peu trop techniques, est pourtant fondamentale.